AVATAR est un film de Hervé Bezet -11 minutes 40 – 2008 - DVCAM - Versions française / sous-titres anglais

Résumé du film : Trois personnages évoluent à l’intérieur d’un champ/contre-champ. Un jeu d’attirance/répulsion s’installe entre les trois protagonistes.

Bande Annonce du court-métrage AVATAR de Hervé Bezet

Georges Bataille, dans son essai : « La Part Maudite », rapproche les sociétés aristocratiques de la nature en ce qu’elles ne cherchent pas à économiser leur énergie mais au contraire la dilapident dans un mode de destruction somptuaire.
Le tigre absorbe d’un seul coup toute l’énergie créatrice d’une chaîne alimentaire. L’aristocrate dépense sa fortune sans compter, en fêtes et en palais.

Nos sociétés actuelles calculent, investissent, économisent pour augmenter la productivité, achètent pour vendre, vendent pour acheter.
L’art est un placement, mais certains artistes résistent très bien à cette idée. Plutôt que d’attendre que des crises viennent détruire les fortunes de manière catastrophique, le mieux est de convaincre un mécène d’engloutir sa fortune dans une commande dont le résultat est absolument aléatoire.
C’est le mérite du cinéma, selon Godard, que de commencer par dépenser, sans compter, l’argent du producteur.

C’est le plan suivi par Hervé Bezet, persuadé que le fantasme filmique est d’autant plus beau que toutes les puissances techniques de réalisation d’un film sont effectivement mises en œuvre, sans spectacle possible comme résultat.

L’ « AVATAR » est en ce sens une vanité, un film où strictement rien n’a lieu sinon la mise en valeur de la vacuité du jeu des acteurs dans un monde où tout est dit d’avance, une voiture luxueuse ne donne aucun statut, une belle ne donne que l’image de sa disparition, un homme  ne pose que des questions en quête d’auteur, un sphinx rappelle qu’il vaut mieux ne pas être né que d’exister.

Rien ne manque, techniquement au rien, ni les éclairages, ni les plans séquences, ni le professionnalisme des acteurs, je pense que c’est le manifeste filmique que Virilio aurait pu souhaiter pour son ouvrage : « L’ esthétique de la disparition ».
La technique qui livre le corps à la vitesse en expulse l’humain, le temps de vivre est aboli.

Hervé Bezet réduit le sujet à sa substance filmique : vingt-quatre images par seconde, la vitesse des ima-ges abolit l’être-humain-dans-le-temps, Dick n’ a que le temps d’ouvrir la bouche pour crier sa disparition.

Jean-Marc Bermès

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